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Samedi (27/09/08)
Colore mes veines

Les rues de la ville et le crépuscule. Les parties de carte. Les verres de vin ou de sangria. Les trottoirs bancals. Le velux au dessus de mon lit et le ciel qui passe dans ma tête. L'ascenseur étroit et les voisins. Les amphis de la fac. Les tasses de thé-café-chocolat-cappucino. Les gens croisés que l'on connaît. Les inconnus qui se dévoilent. Les cigarettes sur le toit de mon immeuble. Les petits plats qu'on se cuisine. Les nuits à deux. Les nuits seule sous mon velux à regarder la nuit qui passe. Le sommeil - le manque de sommeil. Les rollers sur le trottoir. Ma robe bleue. Le brun à la queue de cheval toujours seul dans mon amphi. Les cartes dépliées repliées. Les larmes quand il m'embrasse et passe sa main sous mes vêtements. Le regard des gens dans la rue. La vie autour. Les mots de Miguel qui refont battre mon coeur. La boîte aux lettres qui ferme mal. Les lueurs du soir sur le Rhône. Les lueurs du soir et. L'aurore.

(*Miguel)

Mégot d'envole-moi, écrasé à 15:41 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 1 cigarettes)
Jeudi (11/09/08)
Je ne t'aime plus mon amour

Vincent a vingt-trois ans aujourd'hui et demain je m'installe pour de vrai dans mon nouvel appartement. En faisant les courses l'autre jour, je suis tombée sur la mère de Mathieu devant la caisse. Bizarrement j'ai mis un moment à la reconnaître. C'est elle qui me fixait et m'a fait lever les yeux. Elle a souri puis m'a dit bonjour. C'est là que je réfléchissais. Quand j'ai compris j'ai juste demandé "comment allez-vous?". J'ai rien osé dire d'autre. Puis je l'ai regardée partir sur le parking, un cabas dans chaque main. J'ai pensé qu'elle devait être bien seule à présent. J'ai repensé à toutes ces fois où nous parlions toutes les deux dans sa cuisine. Les fois où elle cuisinait, buvait un café ou fumait une cigarette. Parfois les trois à la fois. J'ai repensé aux engueulades entre elle et Mathieu, à ses robes, à nos rires sur la terrasse. C'était il y a trois ans. Comme une éternité.

 Boomp3.com

Mégot d'envole-moi, écrasé à 11:24 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 2 cigarettes)
Lundi (01/09/08)
Nothing else

*

Premier septembre. Retours de vacances et solitudes. Je ferme les yeux dans ma mémoire. Mes vingt ans se troublent puis tombent à la renverse.

*dans le ferry
au départ de Livourne

Boomp3.com

Mégot d'envole-moi, écrasé à 17:09 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 0 cigarettes)
Vendredi (15/08/08)
Il est grand temps de rallumer les étoiles

*

2700 kilomètres de bitume avalé. Dans le train qui bouclait hier le périple, les paysages filaient trop vite et je n'arrivais plus à fixer mon attention sur quoi que ce soit. La fatigue aussi. La dernière moitié de la nuit s'était passée sous les étoiles, après le mal de mer dans la tempête. Toutes les autres nuits avaient été courtes et souvent humides dans la tente. Mon premier "road trip" a été très réussi. Malgré la conduite à gauche un peu difficile au début, la batterie neuve de deux mois mais défaillante qu'on a dû donc changer et qui nous a retardé d'une journée, malgré les routes étroites et le mauvais temps, parfois. Il y a eu tellement de sourires, de beaux paysages, de rencontres. La mer qui se fracasse sur les rochers, l'eau gelée, les couchers de soleil, les surfers, les promenades sur la côte, la gentillesse des gens croisés sur la route, les pubs chaleureux, les concerts, les pintes de bière, les ports minuscules, le ferry, les cigarettes dans le froid, les rires, les roulé-boulés dans l'herbe, le vent violent, l'accent des étrangers parlant français, la nuit passée au sec et dans un lit chez un mec adorable rencontré dans la rue, la cuisine un soir sur le trottoir, les boîtes de nuit habillées en routardes, les étoiles filantes, les sautes-moutons dans la ville en pleine nuit, la vaisselle dans les toilettes, les forêts, l'eau turquoise parfois, l'herbe bien verte, les joints de Gabriel, la voiture avec cinq filles dedans, nos mascottes Gaston l'avion et Gus le bus, les parties de carte la nuit dans la tente, l'Angleterre qui défile à la fenêtre. Surtout il y a eu Miguel, samedi soir dernier à Newquay. Je n'ai plus que des photos de lui, et le souvenir de ses lèvres. A l'oreille il me murmurait "mi amor" et des mots d'amour espagnols qui restaient pour moi des mystères. Je me souviens de son odeur, et de ses cheveux très bruns qui bouclaient sur la nuque. J'ai rarement vu un homme si beau. Tellement tellement de douceur que ça me terrorise. Demain déjà je pars en Corse avec Vincent. Je lui ai dit. Il ne sait que souffrir pour moi. Et moi je. Et moi je ne sais pas.

* ballade en Cornouailles
sur le coastal path
entre Porthcurno et Land's End

Mégot d'envole-moi, écrasé à 20:35 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 5 cigarettes)
Jeudi (31/07/08)
Donner d'la voix

*

Juillet, juillet, déjà derrière. Le soleil tapait fort cet après-midi. Les sapins étaient hauts et la vue sur la vallée magnifique. Les enfants s'émerveillaient, récompensés de leurs heures de marche - en être presque heureuse.
Demain est mon dernier jour, dimanche je mets les voiles et ce soir le rosé rapait la langue. V. m'évitait du regard et draguouillait lourdement H. en jetant des coups d'oeil obliques dans ma direction pour s'assurer que j'assistais à la scène. Incroyable. Ce directeur du centre aéré qui n'a pas cessé de me tourner autour depuis une semaine. Tellement peu de conscience professionnelle que ça me révolte. Mais qu'importe en fait, toutes ses boulettes, ses erreurs grossières et ses oublis ne sont pas mon problème - même si je l'ai détesté le jour où on a dû faire demi-tour en car pour récupérer monsieur qui avait disparu de la base de loisirs et qu'on croyait parti par ses propres moyens. Cet homme me dégoûte. Ses trois enfants qu'il a eus trop jeune, sa belle gueule disparue sous son tic à l'oeil droit, son passé de pompier-sauveteur-en-mer-tombeur-de-filles-ou-je-ne-sais-quoi, ses trente-et-un ans, sa vie d'instit'-formateur BAFA-directeur de colo, ses regards appuyés et déplacés, la façon qu'il a de vouloir montrer qu'il est le meilleur à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Je le revois vendredi soir dernier, dans cette boîte de nuit à déployer tous les efforts possible et imaginables pour me prendre dans ses bras -
dans son lit. Il n'aura rien eu du tout l'enfoiré mais quand même, il fait partie des rares personnes que j'aurais voulu ne jamais rencontrer. Après tout, bien sûr, je me fous royalement de ce mec, de ses histoires de bringues et ses histoires de cul - n'empêche que ce soir je lui aurai bien jeté mon verre de rosé à la gueule.

A part ça. A part ça il y a de la douceur. De la sincérité. Il y a ce qui touche. Il y a ce qui est vrai. Les jours s'effilochent et dès dimanche il y aura tellement tellement de nouveaux horizons à découvrir. J'ai envie de ça si fort. Envie d'ouvir les yeux le plus possible, et puis d'ouvrir mon coeur à tous les courant d'air. Peut-être que dans la nuit quelqu'un lui répondra.

* Marc-André Grondin
dans le premier jour du reste de ta vie
de Rémi Bezançon

 

Mégot d'envole-moi, écrasé à 23:44 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 4 cigarettes)
Dimanche (20/07/08)
La lune est morte sous mes yeux

On a quitté la nuit sous la pluie, les rêves étaient loin et je luttais pour garder les yeux ouverts. Ouverts pour rien. Les étoiles avançaient toutes seules la nuit dernière, juste à la place des nuages. On était là, autour du feu. Il y avait la musique il y avait la chaleur il y avait des visages. Des visages sur lesquels les lueurs dansaient et creusaient des ombres comme des zones interdites. J'inspirais sans comprendre. Il y avait des yeux, à lui, et juste à côté une fille aux yeux bleus et au ventre rond de contenir un amour - leur petite fille. Ils se tenaient la main et ils étaient beaux. Il était beau. Et ses yeux. Brillants à cause du feu qui nous séparait. Ses yeux puis les miens. Sans doute que je n'aurais pas dû. Mais. Je me surprends à vouloir retrouver l'étincelle.

*Viktoria Winge
dans Nouvelle Donne
de Joachim Trier

Mégot d'envole-moi, écrasé à 22:58 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 2 cigarettes)
Mardi (08/07/08)
Killing me again

*

Il est juillet ailleurs et nulle part. La petite Inès a passé la journée collée à mon ventre, j'ai crié et il y a eu des larmes. J'avais oublié comment c'était. Les journées de douze heures, l'oubli de soi-même, les goûters pain-chocolat dans la forêt. Ils fabriquent des cabanes autour des arbres, exactement au même endroit que moi, il y a plus de dix ans.

C'était mercredi dernier.
Mon festival venait de commencer, j'avais un peu trop bu. Avec Manou, on avait passé près d'une heure à danser en plein milieu de la route barrée, là, sur la ligne blanche, et de chaque côté de la chaussée les gens nous regardaient et on les voyait pas. Je crois même qu'il y avait Nicolas. On venait de s'aseoir épuisées au bord du trottoir quand je l'ai vu passer en face. Avec les autres. Ils allaient probablement se finir ailleurs, chez l'un d'eux ou alors dans un de ces endroits qu'on squattait au lycée. Beaucoup n'existent plus je crois mais. Je me souviens de la maison abandonnée derrière le lycée. Ses deux étages et son balcon. Au grenier on avait aménagé notre salon. Une lucarne sous les toits, des matelas récupérés en guise de canapé, une table basse recyclée, des bougies partout, de l'encens, et les dessins et les poèmes, là, sur les murs. Je me souviens du balcon où l'on se penchait pour respirer à pleins poumons. L'odeur de l'herbe flottait toujours et j'aimais bien me cacher derrière les poutres puis ouvrir les malles pour découvrir des bribes de vies inconnues et abandonnées là, avec la maison. J'ai toujours une lettre datée de 1951, écrite par un adolescent américain pour un jeune français. Les lettres sont tracées à l'encre noire et le papier un peu jauni ne s'effrite pas. Je venais d'avoir dix-sept ans quand cette maison a été détruite. Après ça il avait fallu trouver d'autres squats. Des usines désaffectées, d'autres maisons, des grottes, mais là nous n'étions plus les seuls. Et puis. Plus rien. Maintenant tout ça pour moi est terminé. Et eux, eux, eux. Je n'en sais rien.
C'était mercredi soir, donc. Vincent a garé sa voiture sur le parking en face de chez moi, comme d'habitude depuis toujours - vingt mois. Mais cette fois les choses étaient différentes. J'ai enfin réussi à sortir les mots, à dire. Je ne pouvais plus m'arrêter. Même s'il devinait mes mots à l'avance, même si l'alcool aidait les choses. Je n'ai aucune idée de comment ça va se passer ensuite ni de combien de temps ça va durer encore, comme ça. Je ne sais rien. Mais il y a malgré tout ce soulagement.
Le deuxième soir il y a eu Rémi. On a beaucoup parlé, je me penchais à son oreille à cause de la musique. Il m'a dit et ce qu'il m'a dit m'a fait du bien je crois. Mathieu n'était pas là et c'est con mais ça me rendait triste. Enfin triste n'est pas le mot. Je ne sais pas quel est le mot. Alors je lui ai demandé, à Rémi, je voulais savoir. Mathieu est toujours avec sa blonde mais l'a trompée la trompe peut-être la trompera encore - sûrement -, et dans ses infidélités il y a cette fille fantôme, celle que je craignais déjà il y a trois ans. Alors. J'ai eu pitié de sa copine, de sa souffrance. Même si je ne l'ai jamais partagé. Je n'ai jamais eu connaissance de ça. Peut-être m'a t-on déjà trompé et j'étais trop aveugle. (Pas Vincent en tous cas.) Mais moi j'ai trompé, oui. Pas Mathieu. Les autres, parfois, je ne les aimais pas. Et puis Vincent. Sans jamais rien dire. Le soir de la fête de la musique, il était avec moi cette année. Je pensais à Aaron rencontré tout juste un an plus tôt, sur les pentes. Je le cherchais autour de moi de manière inconsciente, alors qu'il n'est bien évidemment plus en France depuis longtemps. J'ignore dans quelle partie de globe il vit maintenant. Je ne sais pas quelle destination il a pu choisir après l'Indonésie. Un retour aux Etats-Unis peut-être. Je ne sais pas mais parfois je pense à lui à ça à nous à cette rencontre à cette magie et j'ai envie de prendre un avion pour le voir le revoir le toucher sentir sa peau contre la mienne sentir la vie mon coeur qui bat le pouls du monde recommencer
. Il est des rencontres qui nous bouleversent puis nous blessent à cause de ce vide qu'elles laissent après coup et que jamais rien ne saura combler. Le 21 juin, donc, je cherchais sa silhouette parmi les ombres de la ville. Vincent a choisi ce soir-là, cette date anniversaire, pour me dire qu'il savait. Il était deux ou trois heures du matin, dub au jardin de la villa g*llet. Il était tard, on avait bu et mal aux pieds. Vincent me tenait par les hanches et il avait ce regard tellement étrange. C'est là qu'il m'a dit. Je me suis détournée, je n'ai pas su comment réagir. Je ne sais toujours pas. 

Mes vingt ans me glacent, j'aimerais me retrouver ou bien qu'on me retrouve. Ce qui vient après me fait peur mais j'en ai tellement envie. C'est cette envie qui se terre, qui attend, qui voudrait bien tout dévorer. Vivre ? Je ne sais pas, j'ai oublié. Ce genre de choses, ça revient ou pas, tu crois ? Mais le temps presse, et les questions resteront sans réponse.
Juillet me file déjà entre les doigts.

* par la fenêtre de ma chambre

Mégot d'envole-moi, écrasé à 21:34 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 7 cigarettes)
Mardi (24/06/08)
Don't say you love me

Le lendemain du dernier post en date, j'ai croisé Nicolas. Mes mains se sont mises à trembler légèrement sur le volant. Il marchait sur le trottoir, les yeux plissés à cause du soleil, un casque sur les oreilles. Il ne m'a pas vu. J'ai regardé dans le rétroviseur sa silouhette disparaître.
Ici, je ne sais plus où je vais. Je n'ai pas cessé de faire la fête ces derniers temps. Je n'ai pas cessé de me fuir moi-même. De faire semblant de me sentir vivre pour de bon. Pourtant, ça y est, la prépa est bel et bien terminée. Même s'il est écrit des choses gentilles sur mon bulletin qui se conclue par un "vous restez autoriser à cuber". Même si tous les profs me sont tombés dessus pour essayer de me persuader de revenir l'année prochaine. Non non non, pas un an de plus non, je me tire, désolée. Ca fait comme un grand bol d'air. Et
il y a eu cette sous-admissibilité à laquelle je n'aurais jamais pensé, tellement le concours avait été foiré en beauté. Sous-admissibilité qui ne sert à rien. Mais quand même.
L'été est bien là désormais. Je sens la chaleur dans chaque pore de ma peau. Certains matins le jour m'éveille. Je danse dans la nuit devant les lumières et sous la musique. Verre de bière à la main, la fumée s'envole vers le ciel noir d'étoiles. Je m'allonge sur des plages de douceurs d'étendues de silence. Hier soir, en sortant du cinéma, je lui ai demandé d'aller s'asseoir avec moi au bord de l'eau. Il y avait tellement de courant. Et de calme. Il me serrait entre ses bras et je n'ai pas décroché un mot. Un instant j'ai pensé me laisser glisser jusqu'aux rochers. Un instant. Seulement.

Mégot d'envole-moi, écrasé à 18:00 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 6 cigarettes)
Dimanche (01/06/08)
Darkness

Nicolas a eu vingt-et-un ans il y a exactement dix jours. Je ne lui ai pas souhaité son anniversaire. Il vit peut-être toujours avec cette fille brune dont je ne me souviens plus du nom. Une des dernières fois que je l'ai vu, au début de l'été dernier, cette fille était assise sur ses genoux près du chalet de montagne où un an plus tôt j'avais embrassé Nicolas pour la dernière fois, juste après le bac. C'est peut-être parce qu'elle était là et que je supportais mal de les voir ensemble que j'ai un peu trop bu ce soir-là. Au point de m'endormir aux côtés d'un autre.

Du vide. Rien que du vide. Du vide et je n'essaie même pas de le combler. J'en pleure mais tout est de ma faute. Je le sais. Dans ma tête, les souvenirs n'osent même plus vraiment s'aventurer. Rien que du vide. Rien pour combler.

Mathieu a eu vingt-trois ans il y a un mois et six jours. Je ne lui ai pas souhaité son anniversaire. Il vit peut-être toujours avec cette fille blonde dont je ne me souviens plus du nom. La dernière fois que je l'ai vu, en juillet dernier, il avait troqué son vieux van volkswagen jaune à fleurs contre un fourgon récent vert sapin d'une autre marque. Je n'avais pas osé l'imaginer y dormir avec elle. Je ne voulais rien imaginer. Je me souviens de ce soir de festival où il portait un pull à carreaux qui ne lui allait pas. Près de la buvette, il était avec elle et avait appelé Vincent pour qu'il les rejoigne. J'étais parti toute seule, dans la nuit des montagnes, sans oser m'approcher et les jambes tremblantes.

Vincent s'interroge. Je ne réponds que par lâcheté. Comme si je fuyais ma vie. Comme si j'aimais l'illusoire. Du vide toujours. Du noir aussi. Le fil est trop tendu et j'ai cessé d'avancer. Je n'suis qu'une fausse funambule qui ne sais même plus jongler avec la vie. Je reste là, inutilement inoccupée. A contempler le néant qui m'entoure et m'aspire et m'enserre. La tête le coeur le ventre vide(s). A force de prudence je ne risque pas de perdre l'équilibre. Je ne risque rien. Rien d'autre du moins que de m'éteindre à petits feux.

Mégot d'envole-moi, écrasé à 23:55 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 6 cigarettes)
Samedi (31/05/08)
Breathe

On crie, on pleure, on danse, on se tient par la main, on fume, on boit, on rêve, on vit et on oublie de vivre. En face de mon bureau, sur le mur de cette chambre que je quitte dans un mois, il y a ce post-it orange collé depuis des lustres. Penser à vivre. Mes yeux tombent dessus parfois, par erreur ou par inadvertance. Mes yeux l'effleurent et puis le fuient - par gêne, sans doute. Les soirées s'enchaînent, comme pour rattraper tout ce "temps perdu". Elle n'ont pourtant pas - toujours - la saveur de mes soirées d'avant, de ces autres printemps ni de ces autres étés enroulés d'insouciance.

Tout a tellement changé. Je revois les nuits blanches à compter les étoiles, les ballades en forêt, le stop au petit matin le duvet sur le dos, les joints fumés en cercle, autour d'un feu, le concours des capitales, les délires musicaux. Je revoie si distinctement Mathieu cracher le feu, torse-nu sous les étoiles, il y a trois ans déjà. A nos pieds les lumières de la ville et le ciel pour plafond. On se roulait dans l'herbe. On riait pour un rien. Un rien m'enthousiasmait.

A présent, au contraire, c'est comme si je ne ressentais plus. Rien. Ou presque. Je ne sais plus profiter des instants que la vie me donne. Je reste constamment dans la projection, soit vers ce passé que j'idéalise, soit vers un futur très flou mais que j'espère meilleur, imaginant ma vie, mes meubles dans ce prochain appartement désormais réservé, au numéro 97 d'une rue anonyme. Constamment insatisfaite. A moins que ça ait toujours été le cas. Je ne sais plus. J'oublie vite, ce genre de choses. Pour le reste je n'oublie pas et c'est bien là le problème. Juin débarque dès dimanche, dès demain si j'ose dire.
Juin débarque et j'ai peur de voir tout ça de loin. Réintégrer ce corps, peut-être qu'il faudrait. Faire des choix, pour de bon, revoir des gens que j'aime et répondre honnêtement à celui que je n'aime plus. Regarder encore les hommes dans la rue. Retomber amoureuse. Jusqu'ici je suis lâche, je mens à tout le monde et à moi en premier. Comme si je me laissais me dissoudre dans l'atmosphère, devenir cette image que je donne aux autres, me fondre en elle et me perdre dedans. J'ai si peur de me perdre. Mais je ne fais rien pour empêcher ce qui devient l'inévitable. Un mur, juste là, devant. Un miroir déformé. Moi qui fonce dedans. Machine infernale. Et dire que je reste passive, comme attendant le désastre. Mais bordel je suis où, moi ? Quand est-ce que je reprends mon rôle de personnage principal ? Je suis la seule je crois à détenir la clé qui permettrait d'enrayer cette putain de machine. Dévier sa trajectoire. Au moins ça. Virer de bord. Chavirer, même, s'il le faut. J'ai envie dans ma vie de virages en épingle.

Mégot d'envole-moi, écrasé à 01:09 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 5 cigarettes)
Remonter les couloirs de l'hôtel