Derrière la nuque - Un peu plus loin que l'horizon
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Il est juillet ailleurs et nulle part. La petite Inès a passé la journée collée à mon ventre, j'ai crié et il y a eu des larmes. J'avais oublié comment c'était. Les journées de douze heures, l'oubli de soi-même, les goûters pain-chocolat dans la forêt. Ils fabriquent des cabanes autour des arbres, exactement au même endroit que moi, il y a plus de dix ans.
C'était mercredi dernier.
Mon festival venait de commencer, j'avais un peu trop bu. Avec Manou, on avait passé près d'une heure à danser en plein milieu de la route barrée, là, sur la ligne blanche, et de chaque côté de la chaussée les gens nous regardaient et on les voyait pas. Je crois même qu'il y avait Nicolas. On venait de s'aseoir épuisées au bord du trottoir quand je l'ai vu passer en face. Avec les autres. Ils allaient probablement se finir ailleurs, chez l'un d'eux ou alors dans un de ces endroits qu'on squattait au lycée. Beaucoup n'existent plus je crois mais. Je me souviens de la maison abandonnée derrière le lycée. Ses deux étages et son balcon. Au grenier on avait aménagé notre salon. Une lucarne sous les toits, des matelas récupérés en guise de canapé, une table basse recyclée, des bougies partout, de l'encens, et les dessins et les poèmes, là, sur les murs. Je me souviens du balcon où l'on se penchait pour respirer à pleins poumons. L'odeur de l'herbe flottait toujours et j'aimais bien me cacher derrière les poutres puis ouvrir les malles pour découvrir des bribes de vies inconnues et abandonnées là, avec la maison. J'ai toujours une lettre datée de 1951, écrite par un adolescent américain pour un jeune français. Les lettres sont tracées à l'encre noire et le papier un peu jauni ne s'effrite pas. Je venais d'avoir dix-sept ans quand cette maison a été détruite. Après ça il avait fallu trouver d'autres squats. Des usines désaffectées, d'autres maisons, des grottes, mais là nous n'étions plus les seuls. Et puis. Plus rien. Maintenant tout ça pour moi est terminé. Et eux, eux, eux. Je n'en sais rien.
C'était mercredi soir, donc. Vincent a garé sa voiture sur le parking en face de chez moi, comme d'habitude depuis toujours - vingt mois. Mais cette fois les choses étaient différentes. J'ai enfin réussi à sortir les mots, à dire. Je ne pouvais plus m'arrêter. Même s'il devinait mes mots à l'avance, même si l'alcool aidait les choses. Je n'ai aucune idée de comment ça va se passer ensuite ni de combien de temps ça va durer encore, comme ça. Je ne sais rien. Mais il y a malgré tout ce soulagement.
Le deuxième soir il y a eu Rémi. On a beaucoup parlé, je me penchais à son oreille à cause de la musique. Il m'a dit et ce qu'il m'a dit m'a fait du bien je crois. Mathieu n'était pas là et c'est con mais ça me rendait triste. Enfin triste n'est pas le mot. Je ne sais pas quel est le mot. Alors je lui ai demandé, à Rémi, je voulais savoir. Mathieu est toujours avec sa blonde mais l'a trompée la trompe peut-être la trompera encore - sûrement -, et dans ses infidélités il y a cette fille fantôme, celle que je craignais déjà il y a trois ans. Alors. J'ai eu pitié de sa copine, de sa souffrance. Même si je ne l'ai jamais partagé. Je n'ai jamais eu connaissance de ça. Peut-être m'a t-on déjà trompé et j'étais trop aveugle. (Pas Vincent en tous cas.) Mais moi j'ai trompé, oui. Pas Mathieu. Les autres, parfois, je ne les aimais pas. Et puis Vincent. Sans jamais rien dire. Le soir de la fête de la musique, il était avec moi cette année. Je pensais à Aaron rencontré tout juste un an plus tôt, sur les pentes. Je le cherchais autour de moi de manière inconsciente, alors qu'il n'est bien évidemment plus en France depuis longtemps. J'ignore dans quelle partie de globe il vit maintenant. Je ne sais pas quelle destination il a pu choisir après l'Indonésie. Un retour aux Etats-Unis peut-être. Je ne sais pas mais parfois je pense à lui à ça à nous à cette rencontre à cette magie et j'ai envie de prendre un avion pour le voir le revoir le toucher sentir sa peau contre la mienne sentir la vie mon coeur qui bat le pouls du monde recommencer. Il est des rencontres qui nous bouleversent puis nous blessent à cause de ce vide qu'elles laissent après coup et que jamais rien ne saura combler. Le 21 juin, donc, je cherchais sa silhouette parmi les ombres de la ville. Vincent a choisi ce soir-là, cette date anniversaire, pour me dire qu'il savait. Il était deux ou trois heures du matin, dub au jardin de la villa g*llet. Il était tard, on avait bu et mal aux pieds. Vincent me tenait par les hanches et il avait ce regard tellement étrange. C'est là qu'il m'a dit. Je me suis détournée, je n'ai pas su comment réagir. Je ne sais toujours pas.
Mes vingt ans me glacent, j'aimerais me retrouver ou bien qu'on me retrouve. Ce qui vient après me fait peur mais j'en ai tellement envie. C'est cette envie qui se terre, qui attend, qui voudrait bien tout dévorer. Vivre ? Je ne sais pas, j'ai oublié. Ce genre de choses, ça revient ou pas, tu crois ? Mais le temps presse, et les questions resteront sans réponse. Juillet me file déjà entre les doigts.
* par la fenêtre de ma chambre
Pause clopes :
Re:
Je confirme aussi, je crois vraiment que ce n'est plus pour moi non plus. Désolée de couper court à ton projet mais je sais d'ores et déjà que je n'ai plus envie de ça pour l'année prochaine. (Peut-être changerais-je d'avis mais...)
En fait, j'ai une autre envie pour l'année prochaine, j'aurais bien aimé dès cette année mais il faut avoir vingt-et-un ans. Je voudrais encadrer un séjour linguistique d'ados à l'étranger. C'est pas tellement éloigné en fait mais ça m'attire beaucoup plus. Et puis finalement ce serait possible de le faire ensemble... si ça te tente bien sûr. En tous cas ton projet ne me déplaît pas !!
Vincent sait pour Aaron. En fait il a lu en cachette un de mes "carnets intimes" -grosse crise de nerfs, mais il s'en veut toujours. Il a gardé le secret pendant trois-quatre mois. (Et moi pendant un an) Mais ça l'a vraiment fait souffrir. Aujourd'hui il sait aussi pour tous mes doutes, je ne lui dis plus "je t'aime" parce que je ne sais plus rien de mes sentiments. J'ai enfin cessé de mentir, à lui, comme à moi. Je sais qu'il souffre mais il se résigne à supporter car il ne voudrait pas me perdre. Il s'accroche et je m'éloigne mais en douceur, sans trop savoir.
L'espoir, je crois, est indispensable. C'est le début, c'est le tout, c'est ce qui nous fait tenir. Merci à toi, encore, toujours, et sourires en pensant à ce probable projet... après tout pourquoi pas ?
Re:
J'y avais également pensé pour le séjour linguistique, et les ados j'aimerais beaucoup, parce que les petits... Alors pourquoi pas oui. L'Italie, l'Angleterre...? (l'Australie!!) On tentera de se renseigner et de se tenir au courant donc.
Je compatie pour lui et pour toi aussi finalement. Ca ne doit pas être si facile. De s'éloigner en douceur. De souffrir en silence. Mais sans vouloir faire de la psycologie de comptoir, je crois qu'il n'y a pas cette fougue dans tes mots, cette fougue qui était là quand tu parlais de Nicolas ou de Mathieu. Je crois qu'elle n'a jamais été là avec Vincent. Je me trompe peut-être.
xxx
Re:
Oui y'en a marre des petits, je reviens tout juste de deux jours de camping avec mon groupe de 6-7 ans et ça me déprime de penser que je bosse encore jusqu'au 1er aôut avec eux...
Quant à notre projet, j'ai pas d'idées vraiment en tête pour la destination, mais à choisir je préfèrerai un pays anglophone... A voir.
C'est bête à dire, mais tu ne te trompes pas par rapport à Vincent. En fait, s'il y a eu de l'amour, il n'y a jamais eu "la passion", cette fougue, comme tu dis.
Bises et courage pour ton travail avec les petits.
Re:
Moi jusqu'au 31 juillet, et je reprends un autre centre jusque fin août. Mais pire que tout : les 4-6 ans!! Je déteste!! La déprime comme tu dis!
Pays anglophone donc... voilà une bonne raison de me mettre sérieusement à l'anglais alors!
Récupère bien du camping ;) Et courage à toi pour cette fin d'histoire alors, avec Vincent.
Tu t'éloigne en silence. Souffre-tu pour autant ? Oui, ce n'est pas facile mais n'est-ce pas plus difficile d'au contraire revenir (en silence ou fougueusement peu importe) en l'honneur du fait que tu tiennes à lui, au moins un peu ?
Remarque la boucle est bouclée, si je puis dire et si je puis me permettre surtout. Il ne peut pas y avoir de fin sincère et franche, si la relation ne l'est pas non plus. Je m'avance surement beaucoup mais...
Ah passion... tu fais chier.
PS: j'aime beaucoup les intitulés pour laisser les commentaires.
Re:
Je suis moi-même perdue mais je ne peux pas dire que je ne souffre pas, parce que oui, je tiens à lui (au moins un peu). Mais je ne peux plus/pas parler de passion. Pourtant je reste, à distance, mais je reste. (Incompréhensible, moi.)


passionnee-par-les-reves
J'ai l'imrpession que ce n'est plus pour moi les centres, et pourtant quand je vois leur sourire, par bribes, je me dis que ce n'est pas si mal. Allez, après 3 ans de vie par écrans interposés je lance un truc, un projet! Un centre, une colo plutôt, ensemble l'année prochaine?!! ;)
Quand tu parles de ton lycée, je ne sais pas pourquoi mais c'est cette pèriode de ta vie qui me rend nostalgique. S'en doute parce que mes 17 ans me manquent un peu, et les tiens aussi du coup. Cette maison abandonnée, ça fait très cinéma, ça fait très série pour les ados, très idyllique finalement. Et je crois que c'est ça qui me plait lorsque je te lis. Je ne sais tjs pas si ce sont tes mots ou ta vie qui me donne cette impression.
Vincent t'a dit qu'il savait? Qu'il savait quoi? Pour Aaron, pour les autres garçon? Pour cet amour qui n'est plus là. Vivre, oublier comment c'était et oublier de vivre, je n'sais pas si ça revient vraiment, mais je l'espère. Espérer est sans doute un bon début, non?
Et puis ça j'aime bien 'mon coeur qui bat le pouls du monde recommencer. Il est des rencontres qui nous bouleversent puis nous blessent à cause de ce vide qu'elles laissent après coup et que jamais rien ne saura combler. '