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Vendredi (19/06/09)
dark night of the soul

 

Les nuits se suivent inlassables. Je me lie comme toujours avec des inconnus, mais chaque fois toujours plus. Hier la lumière du soir déclinait doucement et il n’y avait que leurs sourires dont je ne pouvais plus me défaire. Surtout peut-être celui de Luca(s), un Lucas à la française avec un « s » derrière. Je ne l’avais pas revu depuis près d’un mois, depuis cette nuit surréaliste à suivre deux inconnus en vélov’ et rire et les regarder l’un et l’autre en roulant en plein milieu des avenues vides, ils sont si beaux et je ne les connais pas, et griller tous les feux rouges et tourner une demi-heure pour trouver de la place pour se garer, et monter à pied cinq étages et regarder l’aube se défaire et m’allonger au matin sur le canapé qu’il vient de déplier et. Rien. Et rire. Ils sont beaux mes deux inconnus, un blond un brun et moi. Et rien. Et se quitter entre un coin de ciel et un coin de brouillard.
Hier soir Lucas a posé sa guitare tandis qu’on applaudissait encore et il est venu me chercher, allez va-s-y Marine ; j’ai prétexté un piège mais je suis quand même montée sur cette foutue scène, j’ai baissé le micro jusqu’à la hauteur de ma bouche, calé la guitare sur mon épaule et cherché les regards. Et aussi. Son putain de sourire qui me retourne le ventre. On a fini la nuit à quatre sur le toit de mon immeuble, allongés sur les tuiles à regarder le ciel et boire le silence. Je portais ma robe noire et il était là – nous ne bougions pas jusqu’à cette étoile filante. Je pensais à leur départ tout proche, au hasard, aux coïncidences et à la nuit de la veille où j’avais regardé depuis ce même toit le bleu marine virer au rose incandescent aux côtés d’autres inconnus.   

Les nuits se suivent inlassables et parfois je crois que je mélange certains mots certaines voix certaines vies. Je déteste ce sentiment de confusion du réveil, et la solitude soudaine en refermant la porte sur un appartement vide d’âmes - et même de meubles désormais. Je déteste que les choses se terminent mais j’aime beaucoup trop toutes ces vies qui s’emmêlent et je ne peux pas m’empêcher d’avoir hâte de monter dans l’avion qui m’emmènera vers « l’année prochaine ».

Mégot d'envole-moi, écrasé à 00:35 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 1 cigarettes)
Dimanche (07/06/09)
si sta come le foglie sugli alberi d'autunno

 ©

Imaginer la mort. Faire coïncider tous les indices, toutes les fausses pistes et les coïncidences. Tomber sans cesse sur ton répondeur sans même que ça sonne dans le vide, repenser aux cicatrices du revers de ton bras et finir par traduire Ungaretti deux jours après - peut-être deux jours trop tard

Imaginer ta propre mort, Luca. La mort dans le ventre et rien d’autre que la nuit en face. Une nuit. Tu as été mort dans ma tête l’espace d’une nuit et d’une moitié de jour. Je n’avais jamais imaginé – comment pourrait-on concevoir ? Je n’avais jamais vécu pareil écroulement du monde, un monde intérieur anéanti par le trou béant qui prend la place du ventre et de la gorge. Une faille dans laquelle tout s’engouffre sans fin, sans laisser la moindre possibilité de voir apparaître une quelconque lumière au bout d’un foutu tunnel. Rien que la mort et la négation qu’elle suppose.

Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Au matin je suis sortie et j’ai marché dans la rue. Je suis rentrée dans cette salle, j’ai cherché mon numéro sur les tables, je m’y suis assise, j’ai attendu qu’on distribue les sujets, j’ai noté mes nom et numéro d’étudiant, j’ai regardé les autres dans leur concentration absurde et sans vie - mais paisible. Je les enviais tellement, j’aurais tout donné pour ce stress stupide provoqué par la nécessité de répondre en quatre heures à une question tout sauf fondamentale. J’ai regardé les autres, et ma copie, et la fenêtre – mais cette odeur de mort n’en pouvait plus de me vriller le cœur et de consumer une à une chaque parcelle de mes neurones. J’ignore encore comment j’ai fait ce jour-là pour poser un plan sur le brouillon puis rendre une copie malgré tout. J’ignore encore. En sortant de la salle d’examen tout le monde explosait en manifestations de joie – vive les vacances ! - et moi je ne sentais plus mon corps qui se dissolvait dans l’atmosphère. J’ai fini par craquer et devenir une flaque de larmes sur le trottoir.

Mais.

Tu n’es pas mort, Luca. Ma sensation était juste et fondée - ce sont tes mots – mais tu n’es pas mort. Toutes ces larmes pour rien et pour tout finalement, pour. L’effervescence. J’ai eu si peur de réaliser à quel point ta mort aurait tout changé. J’ai eu peur en prenant toute la(les) mesure(s) de la place que tu occupes dans mon secteur cardiaque. J’ai pleuré un amour mort mais qui ne l’était pas. Le lendemain au téléphone le simple son de ta voix était mille fois meilleur que n’importe quelle drogue. Tu es donc tu existes donc tu n’es pas néant donc tu respires donc je t’aime donc tu as un cœur qui bat.

© 2008. Vivants

Mégot d'envole-moi, écrasé à 03:57 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 0 cigarettes)
Samedi (02/05/09)
wanted more than the world could give

 

Ce matin il était tôt encore et le soleil du premier mai inondait la chambre. Ouvrons les portes de prison mentale puisque les sourires sont l’essentiel. C’est ce à quoi j’ai peut-être pensé en enfourchant le vélo rouge. J’ai roulé comme toujours et, même si tout était un peu bancal, je me sentais bien. L’air contre la peau, les pieds nus dans les sandales et le souffle court au moment de prendre le pont pour traverser l’obstacle principal de nos voies de circulation routière. Je les ai retrouvés sur la place. Leur sourire était là comme si je les avais quittés la veille. On a joué toute la journée et je crois que c’est moi qui aie déclenché le fou-rire à l’acte III scène 1. Je me rappelle plus très bien. A un moment dans l'après-midi j’ai pris les escaliers pour retrouver la lumière du jour mais c’est une tout autre lumière crépusculaire qui m’a envahie. I am just lying on the grass where we have seen the full moon rising. Alors je repense au soir où Luca et moi. Allongés dans l’herbe, l’air était doux et plein des parfums de fleurs d’oranger. Nous faisions l’amour sous les étoiles qui s’éclairaient une à une. Au contact horizontal de nos êtres la pleine lune émergeait de la surface de la terre et nous suivait des yeux. C’était le dernier soir. Il y a des images, comme ça. Des images qu’il s’agirait d’emprisonner pour toujours dans des cellules spéciales de nos prisons mentales.


Mégot d'envole-moi, écrasé à 02:26 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 7 cigarettes)
Mercredi (22/04/09)
Tick Tack goes my automatic heart

©

 

J'aime être assise à la fenêtre d'un train dans le sens contraire de la marche. Samedi les paysages défilaient à l'envers et moi je regardais. Regarder par cette fenêtre c'est comme la nostalgie. La nostalgie des choses qui s'éloignent en s'amenuisant et deviennent de plus en plus floues. Pourtant les choses sont immobiles, comme les souvenirs, comme l'instant t dans la chronologie d'une vie humaine. Ce sont nous qui nous éloignons. Des lieux, des mots, des êtres. C'est toujours l'humain qui s'en va, qui quitte, qui tourne le dos, qui claque la porte. C'est l'humain qui devient flou à son propre passé figé dans la glace des albums photos et des journaux intimes qui ferment avec des cadenas dont les clés ont été perdues. Dans le temps. Moi aussi je suis floue. Je voudrais encore jouer dans les vagues mais j'ai des ampoules grillées au creux des paumes et des trous d'air dans mon crane. Parfois j'ouvre la fenêtre en grand. Ca fait courant d'air.


© jouer dans les vagues

Mégot d'envole-moi, écrasé à 02:06 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 5 cigarettes)
Mardi (14/04/09)
Mon amour à demain

 *

Le bonheur ne se raconte pas. 
Depuis que l'avion du retour s'est posé de tout son poids sur la piste d'atterrissage, depuis les tapis roulants pour attendre seule mes bagages et sortir de l'aéroport en entendant parler Français un peu partout, depuis. Depuis ce n'est qu'un lent réveil qui donne mal à la tête et remue jusqu'au fond du ventre. Depuis je cherche son corps la nuit quand le sommeil s'échappe. Depuis je compte les jours et je rêve en regardant le dessin des avions dans le ciel.
Luca m'a fait découvrir son île et nous nous sommes aimés pendant une semaine. Dans mon ventre il y avait comme des bouquets d'émotions qu'on aurait pu cueillir encore et encore sans crainte de faner quoi que ce soit. J'ai vu sa mer ses marionettes et les rues du vieux Syracuse. Nous nous y promenions des heures entières, souvent au moment où la nuit venait se poser sur nos épaules. On empruntait les ruelles les plus étroites possibles, il m'emmenait dans des passages secrets et on finissait toujours par retrouver l'air salé du lungomare.
J'ai découvert une île dont je suis tombée amoureuse. Je t'ai découvert un peu plus. Je t'ai aimé plus encore.
Au téléphone, cet après-midi. Ta voix chantait et les silences étaient plein à rabord. J'ai fermé les yeux pour mieux imaginer.

*Nous
Une plage déserte quelques kilomètres au sud de Syracuse

Mégot d'envole-moi, écrasé à 00:57 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 8 cigarettes)
Mardi (31/03/09)
On est loin des amours de loin

 

Il y a l’écharpe de Nicolas posée sur le tabouret à côté de mon lit. Il y a son odeur. La même. Celle qu’il avait déjà quand j’étais assise à côté de lui dans le car en Allemagne. L’odeur de mes 13 ans. Sur son écharpe. Il l’a oubliée en partant de chez moi dimanche après-midi. Nicolas était chez moi, il est parti, il reste son écharpe. Et son odeur. Difficile de croire qu’après toutes ces années nous nous croisons et rien n’a changé, la décharge électrique traverse toujours le corps. Bien sûr il y a tout ce temps entre nous mais quand je l’ai revu l’autre soir quand je lui ai fait la bise et qu’il m’a souri c’était comme l’évidence, comme si les années étaient anéanties. Une histoire sans début ni fin. Il a coupé des rondelles de citron et on a bu tous les deux des tequilas frappées sur le comptoir. Les mêmes qu'au lycée. Dehors la nuit était douce et sa main aussi. Je ne me rappelle pas de tous les mots mais je sais qu'ils n'en pouvaient plus de pleuvoir de nos bouches. On a dansé l'un contre l'autre et je n'arrêtais pas de lui voler ses clopes. Je ne me rappelle pas de tout. C'était une nuit de l'en dehors. En dehors du temps. Du monde. De ma tête. Au matin nous avons fait l'amour sous mon velux, le ciel était bleu entrecoupé de nuages laiteux et ses yeux n'avaient jamais été si beaux.

Mais cette histoire n'existe nulle part ailleurs que dans nos têtes. L'écharpe fait office de témoin mais de témoin fantôme. Luca sera plus réel j'en suis sûre. Je prends l'avion pour la Sicile jeudi.

Mégot d'envole-moi, écrasé à 02:41 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 7 cigarettes)
Jeudi (05/03/09)
Soyons émus jusqu'à la corde

*

Les lueurs de la ville dans le bitume mouillé. Tu sors du cinéma. Chancelante. La nuit est floue au moins autant que ton regard. Tu marches au milieu des taches qui miroitent dans l’eau. Vingt-deux heures et des poussières. La ville est grande mais tu ne vois personne tellement ça brûle au fond du ventre. La pluie est fine - tu sens à peine les gouttes. Il s’agirait de se dissoudre dans le reflet des flaques. Tu rentres à pieds en longeant le Rhône. Tu penses à la beauté - elle te fait marcher et tu réalises à quel point elle est tout. Tout au bord. Tu marches tout au bord du Rhône. La nuit trop floue t’apaise un peu, à peine. Mais la douleur est douce, si bien qu’on en reprendrait presque encore un verre. Accoudée au comptoir. Les gens sont beaux, ils te regardent et tu te sais en vie dès lors que tu te vois à travers eux. Un verre de douleur bu lentement au bord du monde. Tu savoures chaque gorgée. Elles sont toujours un peu plus froides mais à force tu arrives à contenir les frissons à l’intérieur. Un revers de main qu’on passe sur la joue. Les hommes sont beaux et tu les cherches. Du regard. Tu as tellement besoin de ça. De ces fils invisibles tendus entre les êtres, de cette beauté silencieuse et anonyme mais qui fait monter le volume de certaines secondes. Au bord du comptoir, au bord de l’eau, au bord du monde. Il n’y a que l’émotion de la beauté qui compte. Tu penses à Luca sur son île qui travaille avec ses marionnettes, à Vincent à trois rues d’ici qui voudrait t’espionner et qui malgré lui t’aime encore. Tu penses à Mathieu qui repeint leur appartement et qui a arrêté de fumer depuis bientôt un mois. Tu penses à Nicolas mais son image est floue – tu l’imagines un joint aux lèvres mais pour le reste... Tu réalises que ça va faire huit ans. Tu penses à V., à ses verres de vin et à sa peau qui rencontre parfois la tienne ces derniers temps. Tu penses à Djé que tu as retrouvé il y a peu et qui t’envoie des tonnes de messages depuis l’autre hémisphère. Tu penses à cet admirateur du collège qui vient de te retrouver et que tu aimerais semer à nouveau. Tu penses au Colombien, à l’Allemand, à l’Américain, à l’Espagnol, au Belge, au Parisien en Tunisie il y a bientôt quatre ans. Tu penses à tous les autres. Tu penses à ceux que tu ne connais pas, que tu as croisés sans le savoir, que tu croiseras peut-être, que tu ne croiseras jamais. Tu penses à ton frère. A tes vingt-et-un ans. Tu penses à l’enfance. Tu penses à la mort. Crissement de pneu. Tu ne penses plus à rien. Tu viens de manquer te faire écraser de justesse. Le bonhomme était rouge et tu n’avais pas vu. La vie ou la beauté. Une seule réponse possible.
 
 
* Andrew Garfield dans Boy A de John Crowley
Mégot d'envole-moi, écrasé à 02:21 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 9 cigarettes)
Dimanche (01/03/09)
Long and long and longer it takes

Dernier jour de février.
Le soleil réchauffait l'atmosphère et inondait l'habitacle. Prévisible autant que surprenante, la promesse du prochain printemps défilait derrière la vitre. J’avais envie d’y croire tout en sachant très bien. Assise à la place du mort maman criait sans raison comme toujours. J’essayais de ne rien entendre et de simplement laisser glisser mes yeux sur le paysage inchangé. On a pris à gauche en continuant sur un ou deux kilomètres puis on a laissé la voiture sur le côté de la route. En marchant jusqu'à la salle je sentais monter l’angoisse et je n’entendais rien d’autre que mes chaussures claquer sur le bitume. Ils étaient là comme anonymes et pour la plupart je ne reconnaissais que des traits des regards un air de famille, sans même être toujours capable d’associer les prénoms aux visages.
G. est sorti sur le parking et je l’ai immédiatement reconnu. Il portait une chemise violette. Ses yeux bleus brillaient derrière ses lunettes et des larmes luisaient sur ses joues. Il s’est approché et m’a pris dans ses bras spontanément. Dans ma gorge la boule a gonflé d’un coup – gorgée d’eau je n’ai rien pu contenir. T. – son fils, leur fils – est arrivé. Il m’a regardée d’un œil interrogateur avant de se tourner vers G., se demandant qui pouvait bien être cette fille qu’il ne connaissait pas mais qui pourtant pleurait la mort de sa mère. Je me souvenais très bien de lui moi. Il devait avoir trois ans, courrait dans notre jardin et était tombé tête la première dans les rosiers. Aujourd’hui derrière le flou de mes larmes se tenait un adolescent. Sa petite sœur portait un gilet turquoise assorti à ses yeux et je repensais à la dernière fois où elle dormait dans un berceau. Inconnue pour elle, je n’ai même pas osé m’approcher.
En fin d’après-midi mon frère et moi regardions le soleil disparaître. De l’autre côté de la fenêtre il y avait cet homme qui me fixait depuis plusieurs heures et me mettait mal à l’aise. Avant de partir, G. m’a serrée une dernière fois dans ses bras, mais plus fort encore. Elle était tellement fière de toi tu sais. Dans ma gorge tout s’est remis à brûler et les larmes ont roulé malgré tous mes efforts. G. passait son doigt dessus, tu viens nous voir en Grèce, hein ? J’ai tendu mes joues aux autres puis à l'homme en évitant ses yeux. La nuit allait bientôt prendre ses droits. J’ai tourné les talons pour m’enfoncer dans le silence.  

Mégot d'envole-moi, écrasé à 00:58 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 3 cigarettes)
Jeudi (19/02/09)
Et en cherchant son coeur d'enfant on dit qu'on a toujours vingt ans

Les mots sont parfois de trop. Dans mon ventre je sens toutes ces bulles qui éclatent. Vingt-et-un ans. Laissez-moi rire. Nous sommes six et nous dormons dans la chambre des parents de C. Impression de retour en arrière. Des corps étendus partout dans la maison. 06:34 en rouge sur le réveil en face de moi. Les autres dorment mais D. et moi parlons dans le noir, si proches et pourtant à des kilomètres. Je me sens si bien et je ne suis plus habituée à ça, simplement sa voix, juste des mots dans le noir. Imaginer les sourires en fermant les yeux. On ne se connaissait pas douze heures plus tôt. Je crois qu'on aurait pu parler comme ça jusqu'à ce que le jour se lève complètement et qu'une autre nuit apparaisse. Deux ou trois heures plus tard, G. a tenté une approche dans le lit des parents. Tu me rends fou Marine. Je n'ai rien répondu et j'ai fermé les yeux. Il a fini par partir en murmurant des trucs inaudibles.
Hier il a neigé toute la journée sur mes vingt-et-un ans tout neufs. J'ai pris la voiture, ça glissait dans les virages et les filles me faisaient rire. Dans le bar, je m'étais assise de manière à voir la neige qui n'en pouvait plus d'illuminer la nuit des rues de mon enfance. L. a sorti le roulé au nutella sur la table et le serveur a payé sa tournée. On était bien je crois.
Ma vie a pris de la vitesse ces derniers mois, beaucoup de vitesse. Bien sûr il y a les bons côtés - le vent dans les cheveux, le sang brûlant, l'adrénaline. Bien sûr. Mais parfois il y a comme un vertige incontrôlable qui cogne dans ma tête.

Mégot d'envole-moi, écrasé à 00:00 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 6 cigarettes)
Mercredi (11/02/09)
La frontière de l'aube

*

Les souvenirs brûlent dans mon corps puis collent aux yeux et s'agripent au plafond. J'ignore tout de nous. J'ignore à quel point l'immensité nous avale. J'ignore les mots perdus recrachés sous les larmes qui pleuvent dans mes rêves défendus. J'ignore pourquoi ces autres hommes. Tous ces autres hommes. Je vois pourtant que les nuits se chevauchent dans le tumulte à la vitesse de la lumière. Je vois les étoiles au fond de mon cerveau - elles grignotent les heures, les jours les pages blanches. Ce sont des étoiles interdites et je ne vois que ça. Je prends des TGV dans lesquels je m'endors, je marche dans Paris, dans Lyon, dans le désert. Je ne fais que marcher dans le désert finalement. Mais je crois avoir retrouvé quelque chose de l'effervescence d'autrefois. Ou peut-être n'est-ce qu'une illusion. L'autre soir V. a ouvert une dernière bouteille lorsque tout le monde était parti. Je me blotissais sous la couverture vert anis et il n'arrêtait pas de me chercher du bout des doigts. J'ai ri lorsqu'il a fait tomber le cendrier par terre. Tout a volé en éclat et au matin, quand la porte s'est refermée sur son ombre, j'ai eu si fort envie de pleurer. Il était midi, l'appartement était sombre et sale. Et vide. Il pleuvait beaucoup trop fort vendredi. Je n'avais ni parapluie ni capuche mais il a pourtant bien fallu marcher jusqu'à cet hôpital. On m'a baladée de services en services. A la fin, il y a eu cette femme et son sourire lorsqu'elle a vu mes cheveux trempés plaqués sur les tempes. La peur est diffuse mais je suis debout, à toutes les heures du jour et de la nuit. V. veut me revoir. Je suis debout, presque immobile et. Je vois ma vie passer comme une rame de métro.

*ici

Mégot d'envole-moi, écrasé à 02:58 dans le cendrier des châteaux de sables.
Avaler la fumée (quelques volutes, 3 cigarettes)
Remonter les couloirs de l'hôtel