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(Il y a quatre ans.)
Ce matin je me suis réveillée les paupières collées aux lentilles ou l’inverse, dehors il pleuvait encore, je n’ai pas eu le temps d’ouvrir les yeux. Je n’arrivais pas à remonter la fermeture éclair de mes bottes et il me regardait en riant. Je l’ai suivi dans le couloir, la porte rouge, le jardin minuscule et mouillé, le ciel gris le portail noir le sang des feuilles sur le trottoir. Le taxi attendait, j’ai ouvert la portière puis la ville s’est mise à défiler, indistincte et floue derrière les gouttes qui rayaient la vitre. Il était là à côté de moi sur cette banquette arrière, je me souviens que la rivière me semblait sur le point de déborder – comme moi peut-être - et juste avant le pont le taxi s’est rangé sur le côté et alors ses lèvres ont touché les miennes puis ont prononcé see you soon et je suis descendue. J’ai refermé la portière et j'ai couru sous la pluie sans me retourner. En entrant dans l’appartement j’ai croisé ma colocataire américaine qui révisait déjà dans le salon. Il était huit heures du matin, mon maquillage de la veille avait coulé, mes yeux brulaient et sous ma peau l’alcool coulait encore lui aussi, comme la pluie comme les larmes - elle m’a questionnée du regard et j’ai simplement répondu que j’allais me coucher.
Amnésie. Novembre t'est passé sur le corps et le monde entier aussi. Le monde entier dans ton lit. Sans toi. Tu te perds complètement. Tu te dilues et te noies comme de la grenadine dans un verre d'eau. Tu glisses sur les parois et au fond tu n’es rien de plus que ces traces de sucre rouge vaguement collantes. Tu n'es plus qu'un corps sans substance. Un visage qui sourit, qui charme, qui fait semblant. Hier soir tu draguais le pub entier comme à ton habitude, tu volais des verres posés sur les tables, tu parlais à tout le monde et tu mentais encore un peu. C’est tout ce que tu sais faire. Ce matin tu as essayé de te souvenir de la fin de la nuit mais tu n’as pas réussi. Et tu t’es détestée. Dans ton portable il y avait le texto d’un certain A. Il te parle de la soirée de la veille (you were so greeaaaat) et te propose d’aller boire un café mais tu n’as aucune idée de ce à quoi il ressemble. Ce matin tu as ouvert les yeux et il y a eu ce soudain et étrange éclair de lucidité. Cette prise de conscience. Tu te détestes.
Aujourd’hui c’est dimanche, aujourd’hui c’est novembre, par la fenêtre tu regardes les nuages orangés glisser derrière la pointe de la cathédrale et tu voudrais tout arrêter. Le temps, la course des nuages, cette vie. Tu voudrais arrêter l’ordinateur, couper le portable, débrancher le téléphone fixe, empêcher toute sollicitation, faire taire les gens et les choses, couper le monde extérieur, tout couper tout débrancher, tous les fils, tous les liens, toutes les chaînes. Fermer les yeux ou au choix regarder encore et encore la course des nuages sur l’écran du ciel de cette fin d’après-midi de novembre. Te retrouver. N’être que toi. Libre et toi-même. Aujourd’hui tu ne supportes plus l’imposture que tu es. C’est peut-être parce que tu te retrouves pour la première fois vraiment seule dans cet appartement impersonnel, avec ce long couloir froid et cette moquette verte et sale. Aujourd’hui tu te complais dans cette tristesse étroite et tu es très bien comme ça. Tu ne voudrais voir personne. Mais tu n’as pas su dire non à K. qui voulait te voir pour un thé. Elle arrive dans quelques minutes dans cet appartement vide et tu as rarement eu aussi peu envie de voir quelqu’un. Pourtant c’est ton amie. Mais tu sais qu’elle te parlera de ces problèmes de cœur, de la nuit qu’elle a passée avec son Irlandais, des textos qu’elle n’a pas reçus et de ceux qu’elle devrait peut-être envoyer. Tu le sais et tu voudrais juste te noyer dans le silence. Le silence et l’invisible. L’obscurité de toi-même. Ce toi-même que tu évites le plus possible et avec lequel tu as définitivement un sérieux problème. Après quoi est-ce que tu cours ? Qu’est-ce que tu cherches dans les yeux de tous ces hommes ? Qu’est-ce que tu fuis ? Tu plais et tu le sais au fond. Tu as cette chance. Tu as cette chance inouïe de pouvoir avoir tous les garçons qui te plaisent. Nombre de filles sont certainement mortes de jalousie des milliers de fois. Toi tu te raccroches à ça, aux hommes, à leurs regards et à leurs mots, c’est comme s’ils te portaient. Tu as besoin d’eux et c’est bien triste. Ils sont ton moteur. Tu n’existes qu’à travers leurs regards. Le problème c’est qu’il y en a désormais beaucoup trop. Tellement de paires d’yeux différents, tellement de messages dans ton portable et de mails qui disent tous la même chose. Tu ne peux plus t’accrocher à aucun d’entre eux. Ils sont trop nombreux. Ils l’ignorent. Tu ne sais plus ce que tu penses ni à qui tu penses. La plupart du temps tu craques pour l’un deux puis ça passe en quelques jours. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres mais ça ne compte pas. Souvent eux ne t’oublient pas pourtant. Toi tu ne sais pas. Tu as ce pouvoir sur les hommes, mais à force de l’user tu cours à ta perte. Tu paraîtras certainement prétentieuse en écrivant ces mots. Mais tu n’es pas assez stupide au point de nier la réalité. Tu te rappelles de cet étrange moment l’été dernier. Il était sept heures du matin, le jour se levait sur une nuit blanche et dans la cuisine de ce chalet de montagne ne restait plus que L. et toi. Tu l’avais rencontré cette nuit-là. Sa copine dormait à l’étage mais ses yeux à lui ne quittaient pas les tiens et il t’avait longuement parlé de ce « pouvoir » que tu as sur les hommes. Il t’avait dit que c’était une grande chance mais que tu devais faire attention à ne pas te laisser dépasser. Il t’avait dit quelque chose comme pour l’instant je sens que tu ne maîtrises pas ce pouvoir, il te dépasse, mais tu peux l’utiliser, tu le dois, tout en le gardant sous contrôle. De toute évidence tu n’as pas appliqué son conseil. Tu ne contrôles rien, rien du tout. Au contraire. C’est ce pouvoir qui te maintient sous contrôle. Tu voudrais t’accrocher à des bras mais il y en a trop, et donc il n’y en a plus et. Tu dégringoles.
Aujourd’hui c’est dimanche, aujourd’hui c’est novembre, par la fenêtre tu regardes les nuages orangés glisser derrière la pointe de la cathédrale et tu voudrais tout arrêter. Faire le vide, le vide le vide le vide le vide. Tu écoutes Barbara et tu pleures et tu penses à D. (peut-être). Tu voudrais des choses simples, essentielles. Le silence et l'invisible vérité.
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Le premier jour il y avait des centaines d'étudiants étrangers. Des centaines d'étudiants étrangers - et lui. Le premier jour je découvrais tous ces nouveaux visages mais il n'y avait que le sien. Son regard, son allure, l'aura sexuelle qu'il dégage. La première nuit et la nuit suivante j'ai rêvé de lui sans connaître son nom. Deux jours plus tard je lui parlais pour la première fois. Niels. Puis le temps a passé. C, les cigarettes et les bancs du F* parc, les nuits sur fond de musique électronique, le bol bleu marine que j'ai cassé le premier et dernier matin dans son appartement. Les pintes de bière, le cidre, la vie trop chère, le tapis roulant de la salle de sport, le campus exceptionnel et les premiers cours, les cafés chez les uns et les autres, les soirées à 30 dans des petits appart', les muffins au chocolat à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, les mini-jupes des filles bourrées dans la rue, les rendez-vous au traffic light. Le dernier jour avec C, sur un banc dans la cour du plus beau bâtiment de la fac - le soleil descendait sur septembre et nos mains se sont lâchées là. Les escapades à la journée, soleil et sac et dos, la beauté des paysages, la mer et vouloir prendre le large, les photos, les repas avec L. dans la cuisine, les discussions avec les colloc', les silences, les fous-rires. La chaleur des pubs, la musique, tous ces mecs qui me cherchent du regard pendant les soirées (ou l'inverse), tous ces mecs (A, M...) mais au fond il n'y a toujours eu que lui ici. Niels et ses yeux bleus trop bleus et ses cheveux blonds trop blonds, et ce cliché nordique n'est pas "mon genre" mais. Niels c'est autre chose. Les cours à côté ou derrière lui. Perdre le fil à force de l'épier discrètement. La nuque, les mains et les angles du visage si bien dessinés. J'ai à nouveau 15 ans et j'observe Nicolas. J'ai à nouveau quinze ans mais il en a dix de plus. Je l'observe, je l'observais, résignée à me dire que c'était peine perdue. Je m'en étais convaincue sans rien essayer et avait même cessé de rêvé de lui. Et puis. Ses textos en pleine nuit, son regard gêné le lendemain à la bibliothèque, son vélo à côté duquel il marchait dans la rue pendant qu'on partageait une cannette de cidre, son sourire lorsqu'il m'a pris la main pour aller danser sur la scène, ses lèvres et me pendre à son cou, la partie de babyfoot, les rues dans la nuit tous les deux, le lampadaire devant chez moi et son vélo qu'il y avait accroché.
En vrai sa peau est encore plus douce que dans mes rêves. Quand on dort tous les deux dans mon lit une place il garde toujours son bras autour de mon corps et suit la moindre de mes courbes pour s'y blottir lorsque je me tourne un peu. Dans le noir ses yeux sont encore plus bleus et sa voix plus prodonde. J'ai cru fondre de plaisir lorsqu'il m'a dit je t'ai remarquée dès le tout début, dès le premier jour. Tu es la seule fille ici que j'ai eu envie d'embrasser. Ici tout est nouveau, tout est génial et sans conséquence. Tout est léger, sauf nous. Il a peur, je le sais. Et moi aussi, j'avoue. J'ai peur. Peur de devenir folle de lui.
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Ce matin la lumière du jour transperçait les rideaux. Des raies de soleil sur les murs oranges de cette chambre et les photos d'une vie d'avant que je ne connais pas. Sa main caressait doucement ma nuque. Il me souriait et nous n'avions besoin que de ce silence, un silence orangé qui enveloppait nos corps nus étendus sur un matelas une place posé à même le sol. Dehors j'ai refermé derrière moi le portail. La lumière du soleil était chaude et me faisait plisser les yeux. J'ai marché jusqu'à chez moi en prenant soudain réellement conscience de tout ça, de cette nouvelle vie, de ces dés qui ont effectivement été relancés et n'ont depuis pas encore retouché le sol. Car ici le temps est suspendu les pieds dans le vide. L'automne est éternel et ensoleillé. Septembre n'est plus mais nous ne sommes pas octobre - nous somme autre chose, autre part, autrement. Je suis dans l'inédit. L'inédit de ce nouveau jeu dans lequel tous les coups sont possibles et où tout va tellement trop vite. Un nouveau jeu, une nouvelle vie. Et tout le reste, tout le reste est si loin que je l'ai oublié. Les cigarettes dans la chambre de A., M. et notre voyage improvisé en Italie début septembre, les baisers de J. tremblant sur le parking devant la maison, Luca en France quand je n'y suis plus, les amis qui m'envoient des mails remplis de tu me manques, la vie normale. Ici je n'ai pas de manque. Je n'ai que des plus, des frissons, des rencontres. Bientôt trois semaines mais ça ne veut rien dire - c'est déjà presque une vie entière. Ici je suis moi comme je suis autre et tous les autres se fondent en moi.
* Mon automne est inédit
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Londres au mois de juillet et comme un absurde sentiment d’appartenance. Reste à savoir si j’appartiens à Londres ou si Londres m’appartient. Marcher dans Camden ou Soho, photographier les gens, manger au bord de l’eau, courir sous la pluie et boire des pintes sur le trottoir. Ma vie n’est plus qu’un gigantesque tissu de hasards. Une équation de plus en plus complexe dans laquelle les inconnu(e)s se multiplient à chaque instant. Je croise sans cesse de nouveaux regards et certains s’incrustent pour toujours sous la peau. Inutile de préciser que la résolution du problème m’échappe. C’était plus simple en CE2 quand la maîtresse écrivait sur le tableau noir Problème avec de grandes lettres blanches et que j‘embrassais deux garçons sans complexe à l‘heure de la récré. Le mot problème n’avait alors qu’une lointaine signification mathématique. Des inconnu(e)s de l'équation londonienne je me souviens surtout de Marco l’anglo-italien et de sa cicatrice sous l’œil gauche. Je me souviens des sensations de vérité. Dans Londres je marchais anonyme. Seule et égale à moi-même tout en étant une autre.
A. m’attire contre lui, il est 3 heures 33, la nuit est noire d’étoiles. Dans l’exigüité de sa chambre je fume bien trop de cigarettes et ne me livre qu‘à moitié. Certains soirs nous allons boire des bières dans un bar près de chez lui. Ses copains me draguent, je rentre dans leur jeu et m’amuse de mon propre manège. Je repense encore une fois à l’enfance tellement plus simple. Les genoux écorchés, les chevaux de bois. Les promenades illuminées de bord de mer et les pompons que mon frère attrapait toujours. A. me regarde du coin de l’œil à travers la mousse du fond de son verre. Il assiste en spectateur au jeu auquel je m’abandonne sans comprendre. Un jeu que j’ai moi-même lancé tout en ayant perdu les règles. Un jeu qui me dépasse et me fait peur. Alors je triche. Je trompe mon monde. Je fonce peut-être droit dans le mur. Il est des jeux qu’il aurait mieux valu ne jamais commencer. Je n’attends que septembre pour relancer les dés.
© Londres, juillet 2009
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Les nuits se suivent inlassables et parfois je crois que je mélange certains mots certaines voix certaines vies. Je déteste ce sentiment de confusion du réveil, et la solitude soudaine en refermant la porte sur un appartement vide d’âmes - et même de meubles désormais. Je déteste que les choses se terminent mais j’aime beaucoup trop toutes ces vies qui s’emmêlent et je ne peux pas m’empêcher d’avoir hâte de monter dans l’avion qui m’emmènera vers « l’année prochaine ».
Hier soir Lucas a posé sa guitare tandis qu’on applaudissait encore et il est venu me chercher, allez va-s-y Marine ; j’ai prétexté un piège mais je suis quand même montée sur cette foutue scène, j’ai baissé le micro jusqu’à la hauteur de ma bouche, calé la guitare sur mon épaule et cherché les regards. Et aussi. Son putain de sourire qui me retourne le ventre. On a fini la nuit à quatre sur le toit de mon immeuble, allongés sur les tuiles à regarder le ciel et boire le silence. Je portais ma robe noire et il était là – nous ne bougions pas jusqu’à cette étoile filante. Je pensais à leur départ tout proche, au hasard, aux coïncidences et à la nuit de la veille où j’avais regardé depuis ce même toit le bleu marine virer au rose incandescent aux côtés d’autres inconnus.
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Imaginer la mort. Faire coïncider tous les indices, toutes les fausses pistes et les coïncidences. Tomber sans cesse sur ton répondeur sans même que ça sonne dans le vide, repenser aux cicatrices du revers de ton bras et finir par traduire Ungaretti deux jours après - peut-être deux jours trop tard
Imaginer ta propre mort, Luca. La mort dans le ventre et rien d’autre que la nuit en face. Une nuit. Tu as été mort dans ma tête l’espace d’une nuit et d’une moitié de jour. Je n’avais jamais imaginé – comment pourrait-on concevoir ? Je n’avais jamais vécu pareil écroulement du monde, un monde intérieur anéanti par le trou béant qui prend la place du ventre et de la gorge. Une faille dans laquelle tout s’engouffre sans fin, sans laisser la moindre possibilité de voir apparaître une quelconque lumière au bout d’un foutu tunnel. Rien que la mort et la négation qu’elle suppose.
Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Au matin je suis sortie et j’ai marché dans la rue. Je suis rentrée dans cette salle, j’ai cherché mon numéro sur les tables, je m’y suis assise, j’ai attendu qu’on distribue les sujets, j’ai noté mes nom et numéro d’étudiant, j’ai regardé les autres dans leur concentration absurde et sans vie - mais paisible. Je les enviais tellement, j’aurais tout donné pour ce stress stupide provoqué par la nécessité de répondre en quatre heures à une question tout sauf fondamentale. J’ai regardé les autres, et ma copie, et la fenêtre – mais cette odeur de mort n’en pouvait plus de me vriller le cœur et de consumer une à une chaque parcelle de mes neurones. J’ignore encore comment j’ai fait ce jour-là pour poser un plan sur le brouillon puis rendre une copie malgré tout. J’ignore encore. En sortant de la salle d’examen tout le monde explosait en manifestations de joie – vive les vacances ! - et moi je ne sentais plus mon corps qui se dissolvait dans l’atmosphère. J’ai fini par craquer et devenir une flaque de larmes sur le trottoir.
Mais.
Tu n’es pas mort, Luca. Ma sensation était juste et fondée - ce sont tes mots – mais tu n’es pas mort. Toutes ces larmes pour rien et pour tout finalement, pour. L’effervescence. J’ai eu si peur de réaliser à quel point ta mort aurait tout changé. J’ai eu peur en prenant toute la(les) mesure(s) de la place que tu occupes dans mon secteur cardiaque. J’ai pleuré un amour mort mais qui ne l’était pas. Le lendemain au téléphone le simple son de ta voix était mille fois meilleur que n’importe quelle drogue. Tu es donc tu existes donc tu n’es pas néant donc tu respires donc je t’aime donc tu as un cœur qui bat.
© 2008. Vivants
Ce matin il était tôt encore et le soleil du premier mai inondait la chambre. Ouvrons les portes de prison mentale puisque les sourires sont l’essentiel. C’est ce à quoi j’ai peut-être pensé en enfourchant le vélo rouge. J’ai roulé comme toujours et, même si tout était un peu bancal, je me sentais bien. L’air contre la peau, les pieds nus dans les sandales et le souffle court au moment de prendre le pont pour traverser l’obstacle principal de nos voies de circulation routière. Je les ai retrouvés sur la place. Leur sourire était là comme si je les avais quittés la veille. On a joué toute la journée et je crois que c’est moi qui aie déclenché le fou-rire à l’acte III scène 1. Je me rappelle plus très bien. A un moment dans l'après-midi j’ai pris les escaliers pour retrouver la lumière du jour mais c’est une tout autre lumière crépusculaire qui m’a envahie. I am just lying on the grass where we have seen the full moon rising. Alors je repense au soir où Luca et moi. Allongés dans l’herbe, l’air était doux et plein des parfums de fleurs d’oranger. Nous faisions l’amour sous les étoiles qui s’éclairaient une à une. Au contact horizontal de nos êtres la pleine lune émergeait de la surface de la terre et nous suivait des yeux. C’était le dernier soir. Il y a des images, comme ça. Des images qu’il s’agirait d’emprisonner pour toujours dans des cellules spéciales de nos prisons mentales.
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